Dans l’agriculture comme dans la bible, il y a un temps pour tout. En l’occurrence, nos détracteurs, écologistes, gauchistes et autres membres de l’ONU, s’attarderaient volontiers à voir dans une manifestation comme La Ferme en Vrille, le reflet édulcoré d’une agriculture idéale, qui comme autrefois, se ferait dans le respect de son environnement et en harmonie avec la nature. C’est en effet l’image que nous devons défendre auprès des plus jeunes, surtout des citadins, qui doivent avant tout se familiariser avec le milieu de la ferme. Mais s’il y a un temps nécessaire pour l’enfance, nous devons aussi agir dans un monde d’adulte sans sentimentalisme pour assurer d’abord l’avenir de nos agriculteurs. Exemple avec le choix résolu que nous devons assumer pour développer le bioéthanol et « booster ainsi le marché » : « Qui veut la faim, veut les moyens » dit le proverbe.
L’éthanol parvient à réaliser se qu’aucun accord international n’avait réussi à faire : réguler les cours de céréales par le haut. Une belle victoire s’il en est, qui permet de trouver de nouveaux débouchés, notamment à la filière maïs. Mais voilà que d’éternels oiseaux de mauvais augure s’attachent encore à regretter la hausse du prix des céréales due à la fabrication d'éthanol. Comme des enfants sensibles s’attendrissant sur le bétail présenté à La Ferme en Vrille, certains, comme le vice-président de la Commission européenne, Günter Verheugen, estiment qu’«Il ne peut pas être raisonnable de fabriquer du carburant pour les voitures à partir de plantes devant servir à l'alimentation humaine et animale ».
Un raisonnement enfantin, tout aussi déplorable que celui de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui s’inquiétait candidement en septembre dernier : « Est-ce que le traitement n'est pas pire que la maladie ? ». Et de reconnaître que le combat qui s’engage pour un espace limité se résume par : « Nourriture contre carburant ».
Il est vrai, et nous l’avons déjà affirmé au sein de la section céréales de la FDSEA 64 (lire Le Sillon du 22 juin 2006), que la montée en puissance des biocarburants à partir du maïs crée des tensions sur les marchés. Mais il est des cas où chacun doit prendre ses responsabilités. Manger ou conduire, il faut désormais choisir ! Et s’il est vrai qu’un plein d’agrocarburant pour un 4X4 équivaut à l’apport en céréales d’un adulte pour une année, nous ne saurions être responsables de la crise actuelle des matières premières dans le monde puisque les États Unis ont déjà choisi, de manière très adulte, d’affamer les pauvres pour renforcer l’indépendance énergétique du pays à coup de subventions massives qui favorisent le développement des agrocarburants à partir du maïs. Que le prix des céréales augmente dans le monde en est bien la conséquence, mais en aucun cas nous n'en sommes les coupables. Sauf à penser qu’il faudrait par exemple supprimer les 4X4 en ville pour nourrir le tiers monde.